René Bretonnayau : le défi d’un médecin-poète
par Evelyne Berriot-Salvadore,
Professeur émérite de l’Université Paul Valéry Montpellier, IRCL-UMR 5186
Résumé
La seule œuvre connue du médecin lochois, René Bretonnayau, La génération de l’homme et le temple de l’âme, avec autres œuvres poétiques extraites de l’Esculape (1583), se présente comme un singulier défi. En quelque 8000 alexandrins, et en langue vernaculaire, l’ancêtre de Pierre-Fidèle Bretonneau chante l’épopée de la naissance et donne à admirer la divine architecture humaine. Mais l’Esculape est aussi chargé de préserver ou rétablir l’équilibre de ce corps divin ; avec une audace qui interroge, il offre une surprenante guirlande poétique qui accole les pathologies de l’esprit et celles du bas corporel. Comme pour étonner davantage encore le lecteur devant sa virtuosité poétique, Bretonnayau clôt son recueil avec une fable plaisante, en octosyllabes, consacrée à un singe mort de la coqueluche ! Médecin-poète ou poète-médecin, l’ami des humanistes, le protégé des Grands, occupe une place unique dans le Parnasse médical de la Renaissance.
Le médecin Anatole-Félix Ledouble et le prognathisme dans l’art
par Élise André,
Docteur en médecine, Université de Paris, médecin généraliste, Langeais
Résumé
Le fonds Ledouble acquis aux enchères en 2013, et conservé à la bibliothèque Émile Aron, contient un volumineux manuscrit inédit d’Anatole Félix Ledouble (1848-1913). Rédigé l’année de sa mort en 1913, il peut être considéré comme un véritable Traité des variations anatomiques dans l’art. Nous avons choisi de présenter cette œuvre à travers l’exemple du prognathisme, objet de débat entre ses contemporains, tour à tour interprété comme caractéristique primitive, ou stigmate de dégénérescence. Nous verrons comment Ledouble articule théories scientifiques et arts. Il aborde alors la question du prognathisme selon deux axes de réflexion. Le premier, qualitatif, purement descriptif, s’appuie sur l’analyse d’œuvres artistiques traduisant une correspondance entre morphologie et jugement moral. Le second, quantitatif, repose sur la mesure de l’angle facial. Le prognathisme devient alors une notion mesurable, s’inscrivant dans une quête d’un idéal de beauté de l’être humain.
